Dans un monde où l’on célèbre souvent les maisons plus que les mains qui les façonnent, Suzanne Belperron fait figure d’exception.
Née en 1900, elle semble littéralement née pour créer. Son père est issu d’une famille de lapidaires, sa mère d’horlogers : le temps et la pierre coulent dans ses veines. À l’École municipale des Beaux-Arts de Besançon, elle dessine déjà des portraits d’objets, révélant une approche sculpturale singulière.
Une ascension fulgurante dans la joaillerie parisienne
À seulement 19 ans, Suzanne Belperron entre chez la Veuve Boivin. Pendant treize années, elle en devient la dessinatrice principale, insufflant un style fort, reconnaissable, une véritable signature artistique qui perdurera bien après son départ.
Elle rejoint ensuite Bernard Herz, lapidaire et négociant en perles. Ensemble, ils fondent la maison Herz-Belperron. Leur collaboration, à la fois créative et intime, marque le début d’une véritable révolution joaillière.
Un langage esthétique radical et sans hiérarchie
Les bijoux de Suzanne Belperron ne ressemblent à aucun autre. Elle joue avec la brillance et la matité, mêle pierres précieuses et pierres dures sans hiérarchie ni convention.
Un saphir incrusté dans de la calcédoine bleue, des rubis posés sur du quartz rose, des diamants anciens sertis dans du cristal de roche : la matière devient sculpture. Ses célèbres manchettes, taillées directement dans la pierre, incarnent cette approche novatrice.
Des formes emblématiques devenues signatures
Certaines formes reviennent comme des obsessions dans son œuvre : spirales, escaliers, écailles, pans inclinés. Jusqu’à ce fameux « bourrelet », inspiré du Bibendum Michelin, qu’elle détourne avec génie dans ses bagues et bracelets, défiant les codes du luxe traditionnel.
Une reconnaissance sans concession
Suzanne Belperron fascine, mais refuse la gloire facile. Elle décline à plusieurs reprises les propositions de maisons prestigieuses comme Van Cleef & Arpels ou Tiffany. Elle n’a nul besoin d’un nom en vitrine : ses créations parlent pour elle.
En 1934, Vogue US écrit :
« Suzanne Belperron a révolutionné le monde de la joaillerie par son traitement sculptural des gemmes. »
Elle répondra toujours par cette phrase devenue légendaire :
« Mon style, c’est moi. »
Une œuvre reconnaissable entre toutes
Suzanne Belperron n’a jamais signé ses bijoux. Elle n’en voyait pas l’intérêt. Pourtant, aujourd’hui, les plus grands collectionneurs reconnaissent ses pièces au premier regard.
Parce qu’elles sont vivantes.
Parce qu’elles sont libres.
Parce qu’elles sont, tout simplement, Belperron.

Des résultats concrets aux enchères en France
Le marché français confirme l’intérêt croissant pour les créations de Suzanne Belperron avec des résultats de vente remarquables. Lors d’une vente organisée le 3 juillet 2024, un collier en platine et or orné d’émeraudes gravées et diamants a été adjugé 160 064 €, et l’ensemble des six pièces Belperron de la collection Marinier a totalisé plus de 527 000 € de ventes. Par ailleurs, plusieurs pièces issues de ventes parisiennes récentes — comme des bagues historiques vendues jusqu’à environ 50 000 € ou des bracelets en saphirs autour de 41 600 € — illustrent la diversité des valeurs atteintes selon la rareté et les matériaux. Ces adjudications attestent de la place désormais centrale de Belperron sur le marché français de la haute joaillerie, où ses créations continuent de séduire collectionneurs et amateurs du monde entier.

